Adapter la formation professionnelle au secteur bancaire demain

Catherine Bourin, Member of the Management Board, ABBL



« Imaginez un paysan espagnol qui se serait endormi en l’an mille pour se réveiller 5 siècles plus tard au vacarme des marins de Christophe Colomb embarquant à bord de la Nina, la Pinta et la Santa Maria : le monde lui aurait paru très familier malgré quelques changements de techniques, de mœurs et de frontières politiques. Mais, un matelot de Christophe Colomb qui aurait sombré dans un même sommeil pour se réveiller à la sonnerie d’un smartphone du 21ème siècle se retrouverait dans un monde étrange, voire totalement incompréhensible ».  

Voici ce que nous dit Yuval Noah Harari au début du chapitre 14 de son best-seller «  Sapiens, une brève histoire de l’humanité  », ce chapitre étant curieusement intitulé « la découverte de l’ignorance  ».  Harari nous enseigne que la Révolution scientifique a été non pas une révolution du savoir, mais une révolution de l’ignorance.  

La grande découverte de notre époque a été que l’être humain ne connaît pas les réponses à ses questions les plus importantes. Plus il a accru ses connaissances et repoussé les limites de l’inconnu, plus cet inconnu s’est révélé immense.  

Nous savons donc que nous ne savons pas tout, que les connaissances dont nous disposons aujourd’hui sont provisoires et que nous sommes tous en état permanent d’obsolescence programmée.  

Si nous prétendons posséder un savoir en sortant de l’Université, ce savoir ne vaudra plus rien dans quelques années, sauf si nous procédons à une mise à jour logicielle de nos systèmes - notre cerveau - ce qui s’appelle, en langage courant, de la formation. 

Ces mises à jour continuelles de nos connaissances sont en grande majorité rendues nécessaires, voire indispensables, du fait du progrès technologique et digital.  La digitalisation provoque également la transformation des modèles dans lesquels nous étions habitués à vivre. Les outils numériques ont envahi notre sphère privée et professionnelle.  

La banque a dû s’adapter elle aussi, non seulement en raison de l’apparition de nouveaux acteurs, mais aussi du fait des attentes de la clientèle, qui ont, elles aussi, évolué. La clientèle du 21ème siècle souhaite désormais un service accessible en permanence. Ce client 2.0 est impatient, exigeant et mieux informé puisqu’il a accès à l’information grâce à Internet. Il réalise désormais lui-même des opérations qui nécessitaient auparavant des employés de banque (retrait d’espèces, virements, ordres permanents, achats de titres, etc…). Il attend de son banquier un autre service, plus personnalisé, une compétence accrue en matière de conseil. Le banquier doit être une réelle valeur ajoutée. C’est un conseiller prêt à l’accompagner au quotidien dans ses décisions de vie.  

Ainsi, paradoxalement, alors que l’on pouvait croire que le numérique faisait disparaître l’humain, il ne le fait pas disparaître, mais lui donne de nouveaux rôles.  


Dans une économie en pleine mutation, quels sont les défis de la formation professionnelle continue dans le secteur bancaire ? 

Les défis sont multiples et peuvent être regroupés en 4 grands groupes. 

1. L’importance des soft skills 

Dans un contexte de transformations continuelles, seul l’individu qui s’adapte a des chances de survie dans le monde du travail : s’adapter ou disparaître, cela signifie - qu’aujourd’hui plus que jamais - les softskills sont importants. Quelles sont donc les qualités personnelles qui font de l’employé un salarié idéal ?  

L’employé idéal devra : 

  • être flexible et adaptable, acquérir une souplesse cognitive permettant de s’adapter aux changements permanents de notre époque; 

  • être prompt au changement et non réfractaire à celui-ci; 

  • être créatif, c’est-à-dire disposer d’une capacité à concevoir des idées novatrices pour demain en s’adaptant aux nouveaux challenges et en pensant « out of the box »; 

  • faire preuve d’intelligence émotionnelle, afin de maîtriser ses propres émotions mais aussi de les reconnaître chez l’autre, ce qui s’avère fondamental dans les relations d’équipe.  

La formation dédiée aux softskills devra donc mettre l’accent sur ces compétences

2. L’apprentissage tout au long de la vie 

Comme nous venons de le dire, les compétences deviennent obsolètes rapidement. La nouvelle normalité est de se former en permanence.  

Ceci est particulièrement important pour les seniors dont le métier a disparu. Quant aux « seniors augmentés », c’est-à-dire ceux dont on a actualisé les connaissances, grâce à leur expérience, ils seront sans doute de plus en plus recherchés, en raison de la pénurie grandissante de talents. Ils constituent un réservoir de main d’œuvre expérimentée qui pourra amener les entreprises à les faire revenir en leur sein. Nombreux sont en effet ceux qui, dès le premier jour de leur retraite, se lancent déjà dans des occupations de mentoring et de tutorat, afin de mettre leurs compétences au profit des jeunes. 

3. L’augmentation de la technicité et la nécessaire spécialisation 

Un constat indéniable est que les métiers deviennent de plus en plus spécialisés et complexes. Les banques ne recrutent plus de généralistes, ce sont des spécialistes dont elles ont besoin.  

Le domaine informatique est à la tête de ce mouvement : non seulement les besoins dans ce type de ressources sont grandissants, mais aussi les profils recherchés sont de plus en plus pointus. Nous ne recherchons plus un informaticien, mais des programmeurs, des chefs de projet informatique, des testeurs, analystes, administrateurs en sécurité informatique, concepteurs d’application, architectes logiciel, etc… 

Il faut souligner que les métiers de demain ne seront pas linéaires. A un moment ou un autre de sa carrière, chacun est appelé à évoluer. Plus personne ne pourra bientôt prétendre avoir suivi des études pour exercer UN métier et travailler de la même manière pendant 40 ans.  

Si certains métiers existeront toujours (le juriste, le comptable), leurs méthodes de travail évoluent, de même que les connaissances requises, et il y a fort à parier que l’intelligence artificielle et la blockchain feront leur entrée dans de plus en plus de métiers, de sorte que les attentes vis-à-vis de ces professionnels évolueront également. 

4. Les nouveaux métiers 

Le 4ème défi est lié aux métiers qui apparaissent et qui n’existaient pas jusqu’à il y a quelques années seulement. Le domaine de la finance durable a créé les derniers nés : entre 2019 et 2020 le nombre de recrutements en finance durable a augmenté de 70 % et continuera de croître dans les années à venir.  

Cette croissance est bien entendu portée par les enjeux actuels que sont le rôle de la finance dans le soutien de la transition climatique, l’évaluation des risques ESG, l’intégration des critères ESG dans les produits et services, et la mise en œuvre des nouvelles réglementations qui imposent aux banques de nouvelles obligations de transparence et de reporting sur leurs performances non-financières.  

De plus, le client 2.0 est en passe de devenir client 3.0 : il devient de plus en plus regardant sur les risques environnementaux et sociaux des valeurs qu’il détient en portefeuille. Les banques ont donc besoin d’experts en finance durable et les nouveaux métiers émergent : experts en risques ESG, analystes ESG, chargés de reporting, chief sustainability officer, etc. La finance durable fait son entrée également dans nombre de métiers traditionnels qui se « verdissent » progressivement comme celui de chargé de clientèle qui doit désormais proposer à son client une offre de produits durables. Ceux-là doivent donc se former afin de répondre aux attentes de la clientèle. 

Comment la House of Training peut-elle contribuer à atteindre ces défis ? 

Face à ces défis, le rôle de la House of Training est fondamental pour répondre aux besoins en compétences techniques et comportementales. Il est à garder à l’esprit que les métiers sont de plus en plus spécialisés et que les formations devront l’être également. 

Les formations de base devront donc être remplacées par des formations de haut niveau au degré de technicité plus élevé. Le défi pour la House of Training est donc de savoir adapter en permanence son offre de formations à cette demande toujours plus pointue, où le sur-mesure devient également de plus en plus demandé.  

La finance durable comporte des métiers très divers pour lesquels le niveau d’exigence en formation deviendra de plus en plus élevé et spécialisé à la fois. La House of Training peut accompagner les banques dans ces changements en offrant des formations novatrices répondant aux exigences nouvelles qui s’imposent à elles, de sorte que les banques disposent rapidement d’un personnel spécialisé équipé des connaissances appropriées, prêt à mettre en place les techniques et outils adaptés aux défis des banques de demain.

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